Economie

Les nouveaux émergents

Depuis plus de vingt ans, le monde émergent a jeté l’ancien tiers-monde aux poubelles de l’histoire. Et avec le nouveau siècle sont apparus les nouveaux champions de l’économie mondiale : Les pays émergents. A l’origine, lorsqu’on parlait d’émergence, il s’agissait essentiellement des BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du sud) avec leur croissance souvent à deux chiffres et leurs 3 milliards d’habitants (43% de la population mondiale). Les BRICS sont certes, encore loin de l’OCDE, mais avec la crise de 2008, ils ont fait depuis 6 ans l’essentiel de la croissance mondiale.

Cependant, la Coface souligne (depuis début 2013) un ralentissement de la croissance de ces émergents par excellence passant pour les cinq BRICS d’une moyenne annuelle de 8,5% entre 2000 et 2011 à 5,5% en 2014. Ce freinage est essentiellement dû à la chute d’un tiers du rythme d’expansion de la chine à 7,2% et à la baisse du taux de croissance de l’Inde de 8 à 5%. Ce ralentissement est dû en partie à l’affaiblissement des économies avancées suite à la crise, principal débouché des BRICS. Ce passage à vide a également des causes structurelles. La forte croissance des grands émergents pendant la décennie 2000 trouvait son origine dans une plus grande accumulation de capital et des gains de productivité plus élevés qu’engendrait un phénomène de rattrapage par rapport au faible niveau de capital initial et aux transferts de technologie. Etant passés du statut de pays à faibles revenus à celui de pays à revenus intermédiaires, les BRICS sont aujourd’hui tombés dans ce que la Coface qualifie de « piège du revenu intermédiaire » : l’augmentation des revenus et des coûts salariaux les rend moins compétitifs par rapport aux pays à bas revenus, alors qu’ils ne sont pas encore en mesure de concurrencer les produits à haute valeur ajoutée de la zone OCDE.

Pour déterminer les pays à fort potentiel, la Coface a élaboré une méthodologie consistant d’une part à identifier les pays susceptibles de ne pas tomber dans le piège du revenu intermédiaire, en éliminant à la fois les pays dont le revenu avait beaucoup augmenté et ceux dont le revenu par habitant était inférieur à celui du moins riche des BRICS à l’orée du XXIe siècle, à savoir les 500 dollars de l’Inde. D’autre part, la Coface s’est appuyée sur la théorie de la croissance à long terme développée par l’économiste américain Robert Solow, en se focalisant sur la croissance de l’accumulation du capital, celle du progrès technique, du capital humain et de la population.

De l’échantillon résultant de cet « écrémage », la Coface a encore exclu les pays trop dépendants de l’exportation de matières premières (dont la compétitivité souffre d’une appréciation de la devise). Enfin, dernier filtrage, la capacité de financement des investissements qui conduit à ne retenir que les pays ayant un taux d’épargne supérieur à 10% ainsi que ceux disposant de secteurs bancaires et de marchés d’actions suffisamment étoffés mais pas trop : Une capitalisation boursière supérieure à 80% du PIB est considérée comme le maximum au-delà duquel une économie émergente peut être exposée à une trop grande volatilité, voire une bulle de crédit.

De l’application de ces différents critères ressort une liste de dix pays disposant d’un potentiel de croissance élevé et des capacités de financement permettant de le réaliser : deux pays latino-américains (La Colombie et le Pérou), quatre pays asiatiques Le Bangladesh, l’Indonésie, les Philippines et le Sri Lanka) et quatre pays africains (L’Ethiopie, le Kenya, la Tanzanie et la Zambie). Cela signifie que, entre les cinq anciens champions émergents, les BRICS et les dix nouveaux, le continent africain compte pour un tiers.

Mais, dans ce groupe de dix, la Coface fait encore une distinction en fonction d’un nouveau critère : La qualité de l’environnement des affaires (bonne gouvernance, efficience et légitimité des institutions, pertinence et légitimité des institutions, pertinence et lisibilité de l’arsenal réglementaire). C’est une qualité déterminante pour le niveau de développement car elle réduit les asymétries d’information (Transparence), diminue les risques (sécurité des transactions et de la propriété) et limite la capacité de nuisance des groupes d’intérêt (favoritisme, corruption). Autant, à cette aune, cinq des dix pays sous revue bénéficient d’un environnement convenable ou, du moins, similaire à celui des BRICS à l’heure actuelle (Colombie, Indonésie, Pérou, Philippines, Sri Lanka) autant les cinq autres sont handicapés par un environnement très difficile (Kenya, Tanzanie, et Zambie), voire extrêmement difficile (Bangladesh, Ethiopie).

En conclusion, la Coface rappelle que les dix nouveaux émergents identifiés ne sauraient constituer, à l’instar des BRICS dans les années 2000, une locomotive de la croissance mondiale dans la mesure où ils ne représentent que 11% (786 millions d’habitants) de la population de la planète contre 43% pour les BRICS en 2001 et que leur PIB total actuel n’est pas supérieur à celui de l’Italie. Mais, incontestablement, ces pays sont des lieux où investir dans les prochaines années pour tous les agents économiques ambitionnant un fort retour sur investissement et un positionnement compétitif sur l’échiquier productif mondial.

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